Massifs d'Aspe et d'Ossau (été2012)/littéraire/j3

De Entre Amis
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Mardi 17 juillet, Col de Pau (1942 m) et Pic de Burcq (2105 m)[ ]

Matinée[ ]

À 8 heures 35 les voitures quittent le gîte pour monter au parking de Labrénère (1112 m), du nom du vallon, jadis remonté pour rejoindre la vallée espagnole d’Hecho par le col de Pau. De la route, Lescun se dévoile, bien niché dans sa vallée.

Grand beau ; les pics rocheux et dénudés se détachent imposants et figés sur le grand ciel bleu.

À 9 heures, la bande des 15 − 7 sont au repos aujourd'hui − quittent le parking. Il fait très frisquet dans ce fond de vallon. Nous longeons d’abord le ruisseau de Labrénère que nous traversons à gué un peu plus haut et après trois quart d’heure de marche d‘un bon pas sur une piste caillouteuse, le soleil apparaît, déjà bien chaud. Courte halte pour se déloquer.

Le sentier monte régulièrement. Patrice nous entraîne ensuite sur les croupes où s’égayent les vaches pour atteindre très vite les cabanes bien délabrées d’Itchaxe et du Pénot (1515 m) situées au pied du piton rocheux du Pénot. Il nous évite un sentier très boueux. Les taons déjeunent allègrement sur les bras de Joëlle ou sur les mollets découverts. Le sentier monte facilement en lacets jusqu'à la cabane de Bonaris (1700 m), construite en 1977,ainsi que le salon de thé en pierre, par le berger Henri Rachon-Langlatte. Nous investissons le lieu pour picorer un peu d’énergie et nous rafraîchir à la fontaine que nous disputent les vaches. Les cochons très intéressés passent à l’attaque des sacs voire des bâtons et déclenchent des cris d’orfraie. Puis les vaches, des Montbéliard, viennent aux nouvelles. Le jeune garçon pousse une petite remorque avec ses fromages de brebis, fraîchement pressés et subit un interrogatoire serré sur cette activité pastorale : 25 litres de lait pour fabriquer une tome, et, après deux jours de pressurage à la main, les fromages sont déposés au frais sous un énorme rocher aménagé, avant d’être descendus, par vingtaine, dans les caves de la vallée, à dos d’âne.

Curiosité satisfaite, jambes reposées et le dopage aux fruits secs et barres de céréales terminé, nous reprenons le sentier large et bien tracé qui serpente dans les estives où nous apprécions toujours autant la sérénité, la paix qui règnent dans ces espaces hors du temps. L’orchestre des clarines rappelle le Gamlang indonésien et rythme le pas. Nous traversons un jardin botanique où de nombreuses fleurs ont colonisés lapiaz, falaises verticales, éboulis et autres endroits les plus surprenants pour faire pousser une plante. De petites tailles, elles utilisent toute leur énergie pour se reproduire et offrir aux marcheurs des corolles aux couleurs éclatantes, flashantes. Difficile et trop long d’énumérer les noms des plantes reconnues !

Puis le sentier passe sous des escarpements et débouche au milieu de dalles au Col de Pau (1942 m), atteint à midi. Son nom vient du pieu (ou pal) planté là pour signaler son emplacement. Nouvelle pose pour se désaltérer, contempler ce paysage magnifique dont la vallée de l’Hecho, côté espagnol et écouter Patrice rappeler l’histoire.

Voie romaine, puis passage du chemin de Saint Jacques avant celui qui emprunte le col du Somport, et, enfin, Chemin de la Liberté mais aussi des souffrances et des larmes pour ceux qui voulaient rejoindre de Gaulle via l’Espagne en 40-41, pour les réfractaires du STO<ref name="sto"> Service du Travail Obligatoire.</ref>, pour les juifs traqués par le régime de Vichy, à partir de 1943<ref name="ftn1"> Pour un épisode sur une variante de ce Chemin de la Liberté voir Lacazette et Lemière p. 80-81.</ref>.

Pour monter au Pic de Burcq, Patrice nous évite l’accès raide par l’arête. Nous contournons le pic pour nous diriger vers le col de Burcqet atteindre le sommet du Pic (2105 m) sans difficulté ni trop forte impression.

Midi et demi, nous posons nos sacs. Patrice décline une fois encore les noms des sommets plus ou moins lointains qui nous entourent : Pic d’Anie, Table et Pic des Trois Rois, Petit Billard, les Orgues, Lescun, la cuvette de Bedous et Accous. Et encore le Pic de Labigouer, haute pyramide verte, les grés et schistes rouges du Pic Rouge, le Pic d’Ossau et derrière lui, les sommets espagnols au-dessus de Panticosa. Nous dominons toujours la vallée de Hecho et le bétail qui broute paisiblement. C’est peut-être dans cette vallée, à hauteur du col de Pau, que Roland aurait eu ses ennuis en 778 ; on ne sait pas situer exactement l’événement, à Roncevaux comme l’indique la tradition ou là où nous mettons aujourd’hui nos pas<ref name="ftn2">Cf. Joseph Pérez, 1996, Histoire de l’Espagne, Paris, Fayard, p. 51</ref> ? En tout cas, les historiens semblent s’accorder sur le fait que l’attaque fût due à des groupes de Basques et non aux Maures que désigne la Chanson de Roland écrite plus tard en plein contexte de guerre entre chrétiens et musulmans<ref name="ftn3"> Cf. Peio Etcheverry-Ainchart, 2011, Initiation à l’histoire du Pays basque des origines à nos jours, Bayonne, Elkar, p.20-21.</ref>.

Le lieu est chargé d’histoire, puisqu’il est aussi celui du Valmy des Pyrénées que Lacazette et Lemière racontent p.70-71 :

En résumé, en 1793 la France est en guerre contre les royaumes d’Europe dont l’Espagne. La garde nationale aspoise, formée des gens de la vallée, a pour mission d'en défendre l’accès au Somport et au col de Pau. En 1794, les français se sont emparés de San Sebastián et de Tolosa. Les espagnols ripostent en voulant surprendre les troupes françaises par la vallée d’Aspe qui leur semble mal défendue. 6 600 soldats espagnols soutenus par 1 500 miliciens et des paysans armés attaquent en passant par les cols de Pau et de la Cuarde. Pour s’y opposer, il n’y a du côté de la République française qu’un bataillon de 950 gardes. Malgré la résistance des français, les troupes espagnoles arrivent à Lescun où le combat est meurtrier. Mais l’astuce d’un capitaine français déclenchera la débandade des troupes espagnoles se croyant cernées ; ce capitaine équipa femmes et enfants de faux et de bâtons pour faire croire à des renforts. Le 15 fructidor an III s’achève par la victoire d’un bataillon sur une division avec 1 000 morts dont 100 côté français. Le village aura beaucoup de difficultés à se relever des incendies qui l’ont ravagé et des quinze années de conscription des guerres napoléoniennes.

Après-midi[ ]

À 13 heures 45, nous quittons le Pic de Burcq en évitant le Col de Pau. Nous descendons vaillamment pentes et sentiers pour retrouver la cabane de Bonaris et les voitures à 4 heures 10.

Encore une très belle journée ensoleillée, des paysages somptueux et une marche active.

Nous retrouvons les copains qui ont exploré les alentours du gîte, le Belvédère, l’Abérouat entre autres et se sont bien reposés avant d’attaquer les trois jours en itinérant.

Soirée[ ]

À 19 heures, assemblée générale habituelle autour d’un apéritif, excellent jurançon, offert par les patrons du gîte. Patrice, le grand Chef à ses côtés, présente les trois jours dans la vallée d’Ossau : la transhumance d’une vallée à l’autre, les dénivelées importantes… Bref une certaine résistance et forme physique sont nécessaires. Un ange passe sur l’assemblée, une légère inquiétude plane pour leurs genoux. Des solutions de rechange sont toujours possibles mais assez compliquées… La troupe suivra au complet.

Très bon repas autour d’un gaspacho et d’un confit de canard.

Tous couchés tôt car la journée de mercredi sera longue.


<references/>

Le parcours[ ]

Durée totale : 7 heures 15.
Méteo : grand beau ; les pics rocheux et dénudés se détachent imposants et figés sur le grand ciel bleu.

  • Longueur de l'itinéraire : 17 km
  • Dénivelé positif cumulé : 1030 m
  • Dénivelé négatif cumulé : 1030 m
  • Altitude maxi : 2100 m
  • Altitude mini : 1090 m
  • Altitude moyenne : 1600 m