Pembrokeshire Coast National Park (printemps 2010) littéraire j3

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Mardi 25 mai, de Saint Davids à Pwll Deri, 31 km

Nuageux le matin ; beaucoup de vent, il est d’abord à l’Ouest et annonce la pluie, mais finalement il repasse au Nord : beau temps avec vent froid.

Nous mettons la veste et éventuellement le bonnet pour le départ, car il ne fait pas chaud ; nous rejoignons rapidement le sentier côtier. Le soleil revient vite, mais le vent est très froid. Passage par la Baie d’Abereiddi où on voit encore les ruines d’une ancienne ardoisière, dont les produits étaient acheminés jusqu’à Porthgain par wagonnets. Entre 1840 et 1938, jusqu’à une cinquantaine de personnes vivaient autour de la baie. L’exploitation de la carrière fut arrêtée en 1904, quelques personnes restèrent sur le site, mais une épidémie de typhoïde en 1920 décima la population ; puis un violent orage, qui submergea une partie du site, contraint les derniers habitants à partir. Le site et les ruines sont protégés à cause aussi de son intérêt géologique et écologique. Le Lagon bleu, ancienne carrière submergée, est un écosystème remarquable pour la vie sauvage (ascidiens, éponges, vers).

Nous reprenons le sentier côtier jusqu’à Porthgain, un ancien port construit en 1851 pour transporter des ardoises provenant d’Abereiddi. Au début du XXe siècle, le port a été agrandi pour transporter des pierre extraites de différentes carrières de la région, qui ont servi à faire des routes dans tout le Royaume Uni. Une briqueterie, dont on voit encore les ruines, transformait en briques les déchets provenant des carrières d’ardoise.

Poursuite de la randonnée sur le sentier côtier, que nous quittons assez rapidement pour rejoindre Trefin, où nous espérons faire des courses ; mais le village n’offre aucune possibilité de ravitaillement. Nous savons que l’auberge de jeunesse, où nous comptons arriver en fin de journée, ne fournit ni repas ni petit déjeuner. En attendant de mourir de faim, nous prenons notre pique-nique du midi et soignons les bobos des pieds, toujours au soleil où il fait très chaud à l’abri du vent.

Après Trefin, nous décidons de couper par la petite route (3 km) jusqu’à Abercastle, pour éviter le vent et voir un peu l’intérieur des terres ; à Abercastle, nous reprenons le sentier côtier. Opération sauvetage d’un agneau : il a quitté son troupeau probablement par une ouverture dans la clôture ; la falaise est toute proche, il cherche désespérément à retourner auprès de sa mère ; je finis par l’attraper, mais il est trop lourd, je ne peux le soulever de terre ; j’appelle à l’aide les copains, qui, courageux mais prudents, laissent à un jeune britannique le temps d’arriver et de prendre l’agneau dans ses bras (voir photo). Un peu plus loin, nous trouvons un trou énorme dans la clôture et une brebis avec ses agneaux paissant tranquillement au bord de la falaise : j’abandonne toute idée d’opération de sauvetage !

La fin du parcours de cette longue journée est très sauvage. Nous grimpons sur l’arête de la péninsule qui nous conduit au point le plus haut d’où nous avons une vue splendide sur la côte et l’arrière pays, puis nous redescendons vers l’auberge de jeunesse, située le long d’une toute petite route. Cette auberge est un petit bijou situé dans un cadre extraordinaire ; sa salle commune et sa petite terrasse sont en bordure de falaise et la vue s’étend à plus de 180°, au sud ouest sur la péninsule et à l’est sur une côte qui se perd dans la brume du soir. Le soleil disparaît lui aussi dans la brume.

Après les émotions esthétiques, opération survie : nous pouvons acheter à l’auberge quatre sachets individuels de riz préparé et deux boîtes d’un gâteau genre pudding ; généreusement, le bénévole qui tient l’auberge nous fait cadeau de quatre yaourts pour accompagner le dit gâteau. Patrick a trouvé un fond de riz nature laissé par des hôtes précédents. Annie répartit d’abord dans les assiettes le riz en sachet, Patrick ajoute le riz blanc ; affamés que nous sommes par cette longue journée de randonnée, nous nous retenons pour ne pas engloutir en quelques secondes la petite portion qui échoit à chacun ; nous mangeons en silence, jusqu’au dernier grain de riz, puis nous nous regardons… Nous avons l’impression d’avoir picoré un petit amuse gueule, qui nous a aiguisé l’appétit. Patrick part à la recherche d’une solution : il trouve une reste de pâtes dans un paquet laissé là aussi pour les cas désespérés. Mais quelles sont longue à cuire ces pâtes ! Nous avons le temps de faire une AG sur le problème suivant : des pâtes nature, ça n’est pas terrible, comment les accommoder ? Il n’y a rien dans les réserves communes… Patrick a trouvé une solution, approuvée par tous et dont nous nous déclarons solidaires ; cette solution nous a permis de manger de bonnes pâtes… au beurre. Puis dessert : la chose bizarre avec un demi yaourt. Finalement, nous sommes rassasiés. Je ne sais plus si les garçons avaient encore quelques gouttes de l’équivalent local du génépi pour les coups durs.